it numeric wimi

Avec la transformation digitale, ce n’est pas à un défi technologique que sont confrontées les entreprises, mais bien à une véritable révolution culturelle. Car les mutations accélérées qui impactent la société, les métiers, les services et les produits imposent aussi à chaque entreprise de revoir en profondeur sa culture du travail. Dans un environnement humain et technologique hyper connecté il n’est plus possible de rester compétitif avec le modèle managérial hérité du siècle dernier.

Le modèle encore en vigueur est, dans le meilleur cas, celui théorisé par Peter Drucker à partir de 1954, le management par objectifs. Dans cette vision verticale du travail les objectifs pouvaient être déclinés du haut en bas de l’organisation, avec des tâches à attribuer, exécuter et contrôler. C’était là le rôle du management.

Or aujourd’hui l’incertitude, à la fois positive (opportunités exceptionnelles) et source de risques, est prégnante dans tous les secteurs. L’horizon, la visibilité se réduit et la vitesse s’accroit. Dès lors le modèle vertical, qui ne sait pas mobiliser l’intelligence collective, rend l’organisation lente et inefficace.

Il devient urgent de s’adapter, en témoigne l’évolution des différentiels de productivité intra-sectoriels. En 2001 l’écart de productivité représentait un facteur deux entre une entreprise à la performance médiane et une autre du premier décile. Le fossé s’est creusé, l’écart est maintenant de plus de un à quatre. Les entreprises ‘normales’ décrochent.

Les entreprises les plus performantes adoptent un modèle de travail ouvert, qui vise à mobiliser, orienter et valoriser le capital humain. Le prix Nobel d’économie attribué il y a quelques jours à Paul Romer est l’occasion de rappeler que le premier facteur de production est désormais le capital humain. La performance de l’entreprise résulte de la manière dont la connaissance circule et se combine intelligemment à travers des milliers d’activités.

En pratique comment s’organise le travail ouvert ?

La dimension verticale est allégée, recentrée sur la vision d’entreprise et les fonctions essentielles de contrôle, tandis que la dimension horizontale devient prépondérante : toutes les activités (hors processus automatisables) sont alors menées en mode projet, par des équipes qui disposent de marges de liberté pour s’organiser, échanger et produire.

En adoptant un modèle de travail ouvert une entreprise devient capable saisir vite les opportunités, redéfinir en permanence ses offres et naviguer avec agilité au milieu des incertitudes.

Comment réussir la révolution culturelle vers un modèle de travail ouvert ? Deux clés.

Première clé, la technologie collaborative. Pour libérer le capital humain, il s’agit d’abord de supprimer les obstacles : accès instantané aux données, circulation fluide de l’information au sein de l’équipe, répartition dynamique des tâches, rythmes asynchrones, transversalité entre services, site et pays deviennent la norme. La technologie doit aussi résoudre le défi de la complexité. Chaque salarié étant impliqué sur cinq projets en moyenne, cela représente pour une grande entreprise des centaines de milliers de projets en parallèle… Impossible à organiser et animer avec la première génération d’outils : courriels, serveurs de fichiers et smartphones.

Or la technologie arrive aujourd’hui à maturité. Après la deuxième génération d’outils numériques, agréables à utiliser mais fragmentés par types de contenus, la troisième génération est enfin mure pour le travail ouvert. L’initiateur d’un projet créé un espace numérique qui peut être pensé comme un bâtiment virtuel qui centralise l’ensemble des activités liées au projet : filtre les accès, héberge les discussions et les réunions, centralise les tâches, documents et flux numériques. On s’affranchit des barrières géographiques ou fonctionnelles. Les équipes y gagnent en liberté, l’entreprise en efficacité et en transparence.

Deuxième clé, les révolutions se fomentent par le bas. Qui seront ici les ‘agents subversifs’ ? Les millenials sont rétifs au modèle ancien. Pourtant ces jeunes, à l’aise avec le digital, sont enthousiastes si on leur donne une vision porteuse de sens et les moyens d’y contribuer en équipe.

Ces deux clés sont à combiner pour réussir sa révolution culturelle vers le travail ouvert. Profitez de nouveaux projets : lancez-les non plus avec les méthodes anciennes, courriels et réunions, mais en créant un espace numérique collaboratif dédié au projet, et confiez l’animation de chaque projet à un jeune talent. Faites-lui confiance, permettez-lui d’y centraliser tous les flux numériques, les plans de travail. Bientôt, même les managers rétifs au changement viendront y contribuer, ils adopteront une vision plus ouverte du travail. Le modèle ouvert est attirant, il se diffusera. Alors, l’expression ‘transformation digitale’ aura pris tout son sens.

Tribune d’Antoine Duboscq, Président de WIMI et du startup studio adVentures

Source : IT Numeric